Michel Chiha et la naissance du Liban moderne
  Le Cénacle libanais

Le Cénacle libanais est fondé en 1946 par Michel Asmar. C’est un lieu de rencontre qui rassemble tous les Libanais, « l’expression de la conscience du Liban », selon son fondateur. Une conférence s’y tient tous les lundis et parfois aussi les jeudis. Jusqu’en 1974 environ cinq cent conférences y seront prononcées. Michel Chiha y intervient souvent.
Rappelons certains titres de conférences: « Valeurs », « Le monde d’aujourd’hui », « Le Liban dans le monde, perspective d’avenir » et « Présence du Liban ».

Le 9 novembre 1953, Michel Chiha reçoit le titre de docteur honoris causa de l’Université de Lyon. Le Cénacle lui rend hommage. Un second hommage, posthume, lui sera rendu.

Extrait de la conférence de Michel el-Khoury, fils du président Béchara el-Khoury et neveu de Michel Chiha:  

Hommage à Michel Chiha au Cénacle Libanais.

Michel Chiha, qui a inspiré la plupart de nos institutions actuelles, disait souvent par manière de plaisanterie que le Liban était un pays de généraux sans troupes; et c’est là, sans doute, l’un de nos défauts dominants. Tout Libanais est prêt à commander, presque jamais à se plier aux exigences d’une discipline quelle qu’elle soit. Il s’en ressent comme s’il y était allergique et sa première réaction est de briser les cadres à l’intérieur desquels pourrait se développer un corps homogène ou les plus capables se distinguent et s’imposent. Aussi, pour durer, devons-nous sans cesse nous improviser et improviser autour de nous. Refusant de vivre dans un ordre prévu, nous sommes souvent surpris et nous nous trouvons forcés de nous rallonger chaque fois pour nous ajuster aux nouvelles situations. Cette précarité du Libanais devant son destin se répercute sur l’Etat tout entier lequel, reflet du peuple, survit et fait vivre le pays au jour le jour (…) Avant d’être une formule politique plus ou moins heureuse, le Liban est un acte de foi. Ceux qui n’y adhèrent pas de tout leur cœur et de toute leur énergie ne sauraient construire une société viable (…) Une fois de plus c’est à Michel Chiha que j’aurai recours pour terminer. « Petit pays », disait-il, « assurément, très petit pays ; petite nation peut-être, mais non point petit peuple ».

Michel el-Khoury, « Ebauche d’un visage du Liban », Les Conférences du Cénacle, no 6, 1961, p.9-26.